Vers la fin des années 1990, les sociétés d’impression de produits fiduciaires se faisaient rattraper par une panoplie de nouveaux appareils électroniques. Les imprimantes de bureau, les numériseurs et les logiciels de retouche d’images devenaient de plus en plus abordables, et donc à la portée des faussaires. En revanche, les émetteurs de billets pouvaient eux aussi tirer profit de la technologie. La série L’épopée canadienne a été totalement conçue à l’ordinateur : une grande première. C’était également la première fois qu’on consultait les citoyens canadiens quant au choix des thèmes. De nombreux groupes de discussion ont été réunis afin de déterminer quelles valeurs et réalisations représentaient le mieux l’expérience canadienne. Ces sujets, qui vont de l’art au hockey en passant par le droit de vote des femmes, ornent le verso des billets.

Tout comme en 1954, le graphisme de la série relevait de la vision d’une seule personne. Le directeur artistique de la Compagnie canadienne des billets de banque limitée, Jorge Peral, était responsable de concevoir la totalité des coupures de la série. Cela ne pouvait se faire qu’à l’aide d’ordinateurs, qui permettaient de produire plusieurs versions d’un même billet ou d’apporter des changements observables immédiatement. Résultat : une série caractérisée par de magnifiques effets de profondeur et une grande cohérence sur le plan visuel. La coupure de 20 $ a d’ailleurs été proclamée « Billet de banque de l’année 2005 » par l’International Bank Note Society.

Déjà à l’époque de la série Les oiseaux du Canada, l’essentiel de la sûreté des billets ne reposait plus sur la complexité ou la perfection de la gravure, mais plutôt sur des éléments de sécurité comme des fils métalliques, des hologrammes et des images en filigrane. Les billets de L’épopée canadienne comportent en outre des inscriptions au recto et au verso qui forment un chiffre complet quand on les observe devant une source de lumière. D’autres éléments, invisibles à l’œil nu, ne sont détectables qu’à l’aide d’un appareil électronique. La gravure n’a été utilisée que pour réaliser les portraits, qui présentent un aspect plus traditionnel.