Splendeurs et misères d’un billet de 1 000 $ qui n’a jamais vu le jour

La série Scènes du Canada, lancée en 1969, était la première à ne pas comprendre de billet de 1 000 $. Au milieu des années 1960, ces grosses coupures circulaient si peu que le gouverneur Louis Rasminsky et le ministre des Finances de l’époque ont même considéré la possibilité de les abolir. Au bout du compte, ils ont plutôt décidé de continuer à émettre les billets de 1 000 $ de la série de 1954. Deux modèles avaient toutefois déjà été proposés pour le verso d’une coupure flambant neuve. Tous deux avaient été produits par la société d’impression britannique De La Rue, responsable de la conception du recto et du verso de tous les autres billets de la série de 1969.

Recto du billet de 1 000 $

Voici le dernier billet de 1 000 $ de la série de 1954. Il a été émis en 1992, quelques mois seulement avant d’être remplacé par celui de la série Les oiseaux du Canada. Depuis l’an 2000, toutes les coupures de 1 000 $ sont retirées de la circulation. (NCC 1992,11,21,a1)

Verso du billet de 1 000 $

La vignette du verso montre le village de L’Anse-Saint-Jean, aux abords du fjord du Saguenay, à trois heures et demie au nord de Québec. (NCC 1992,11,21,b1)

La première vignette s’inscrivait directement dans le thème des Scènes du Canada, puisqu’elle montrait l’innovation humaine dans un paysage canadien. On pouvait y voir une portion d’autoroute traversant les Laurentides, près de Val-Morin, au Québec. D’après l’aspect des automobiles, la photo semble avoir été prise dans les années 1950. Toutefois, ces voitures ont été retirées de l’image au cours du processus de préparation à la gravure. Cette disparition demeure mystérieuse, puisque des véhicules (en l’occurrence des bateaux) sont bien en évidence sur quatre des autres billets de la série. En vue de la production des modèles, De La Rue a repris les bordures de la coupure de 20 $ (première à avoir été émise) pour encadrer la vignette.

Billet montrant une route de montagne

Bien que De La Rue ait préparé ce modèle pour le verso du billet de 1 000 $, c’est la bordure du billet de 20 $ qui a été utilisée. (NCC 1993,57,16)

Le second modèle, quant à lui, ressortait du lot. Plutôt qu’un paysage spectaculaire, il montrait des êtres humains. Certes, on distinguait des personnes au verso d’autres billets (notamment celui de 2 $), mais elles faisaient, pour ainsi dire, partie du décor. Cette fois, l’image proposée par l’imprimeur était celle de danseuses du Royal Winnipeg Ballet en train d’interpréter Le lac des cygnes. Cette vignette aux nuances subtiles, réalisée par le maître graveur George Gundersen de la British American Bank Note Company, aurait été une première en son genre : on n’avait encore jamais vu de visages humains reconnaissables au verso d’un billet de la Banque du Canada. Cependant, le projet n’a jamais abouti, et on ne trouve aucun modèle du recto de cette coupure.

Gravure de ballerines

Les danseuses du Royal Winnipeg Ballet, sur un autre essai de gravure. Encore une fois, c’est la bordure du billet de 20 $ qui sert de cadre. (NCC 2000,22,1)

La même vignette a par la suite été proposée pour la coupure de 50 $, mais avec des couleurs différentes : Gundersen suggérait un rouge vif plutôt que son gris ardoise d’origine, qui manquait un peu de vie. Cependant, en raison du centenaire de la Gendarmerie royale du Canada, en 1973, on a opté pour une illustration du Carrousel de la GRC. Malheureusement, l’image des ballerines n’a jamais été utilisée.

Une toute nouvelle coupure de 1 000 $ a été émise en 1992, et c’est un couple de gros-becs des pins qui figure au verso. Aucun autre billet de cette valeur n’a été mis en circulation après l’an 2000.

Verso du billet de 50 $ montrant le Carrousel de la GRC

Le Carrousel de la GRC a remplacé les ballerines sur le billet de 50 $. Cette coupure allait devenir l’une des plus populaires et mémorables au pays. (NCC 1975,70,1)