À l’exception des éditions commémoratives, le revers (côté pile) de nos pièces de monnaie n’a pas changé depuis 1937. Du moins, c’est ce qu’on pourrait croire…

Les portraits de monarques se sont succédé sur l’avers de la pièce de 50 cents ornée des armoiries du Canada; ceux de la reine Élisabeth II sont parfois appelés « effigie laurée », « effigie à tiare », « effigie à diadème » et « effigie non couronnée ».
Source : 50 cents, Canada, 1937, 1959, 1965, 1997, 2003, 2023 | 1969.156.3.5, 1978.58.413.5, 1965.141.5, 2002.73.25, 2009.56.18, 2024.5.13
Les petits changements dans notre petite monnaie
Depuis 1937, les seuls éléments qui ont vraiment changé sur le côté pile de nos pièces de monnaie, ce sont les dates. Pendant longtemps, seuls les trois premiers chiffres de l’année apparaissaient sur les matrices servant à créer les étampes avec lesquelles on frappe la monnaie. C’est sur celles-ci qu’on venait ajouter le dernier chiffre à la main. Dans le domaine, la matrice s’appelle le coin prototype et l’étampe, le coin. Cette façon de faire a donné lieu à quelques variations imprévues que seul un œil aguerri peut déceler. Pour la grande majorité des gens, les motifs introduits sur les différentes pièces de circulation courante à la fin des années 1930 – les feuilles d’érable, le castor, la goélette et le caribou – sont restés les mêmes, année après année. Mais il en va autrement de la pièce de 50 cents, qui a changé au fil de l’évolution des armoiries du Canada.
L’héraldique canadienne : une histoire pas si simple
Faisons un petit détour pour parler des armoiries du Canada et de l’héraldique en général.
Tout d’abord, les armoiries sont des symboles utilisés pour représenter une personne, une famille, une organisation, une ville, une province, une nation, voire une entreprise. Ce sont des emblèmes complexes formés d’un ensemble d’éléments : animaux, boucliers (appelés écus), blasons, casques, fleurs, plantes, drapeaux, armes, etc.
Juste après la Confédération, la reine Victoria a accordé des armoiries officielles aux quatre provinces fondatrices : le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Elle a également décrété que ces quatre armoiries figureraient sur le grand sceau du Canada, un cachet en relief servant à officialiser les documents d’État. Mais le Dominion du Canada n’avait pas encore d’armoiries officielles.

Le premier grand sceau du Canada est gravé sur une plaque d’impression conçue pour les billets de banque, c’est pourquoi il est à l’envers. Les armoiries des provinces sont les écus disposés de chaque côté de la reine Victoria.
Source : Plaque d’impression, grand sceau du Canada, British American Bank Note Co., 1880 | 2013.29.174
Durant la Première Guerre mondiale, des efforts sérieux ont été entrepris pour doter le Canada d’armoiries officielles, non sans soulever la controverse. La version définitive, qui n’a été officiellement approuvée qu’en 1921, arborait des symboles de la France, de l’Angleterre, de l’Irlande et de l’Écosse, mais pas la moindre trace de symboles autochtones (bien que l’idée ait été évoquée). Notre emblème ressemblait beaucoup aux armoiries britanniques, avec une différence majeure : la présence de trois feuilles d’érable reliées par une tige.
1936 : les premières armoiries sur notre monnaie

Il s’agit de la première occurrence de ce qui semble être des armoiries sur un billet de banque émis par l’État au Canada, même si le pays n’avait pas encore d’armoiries officielles. Les armoiries du Canada ont d’abord été imprimées sur les billets de la série de 1954, puis sur toutes les coupures de la série L’épopée canadienne. Elles se sont plus tard retrouvées sur le billet vertical de 10 $.
Source : 2 dollars, Dominion du Canada, 1914 | 1964.88.882
Dans la deuxième moitié des années 1930, lorsque le roi Édouard VIII a accédé au trône du Royaume-Uni, le Canada (comme plusieurs autres pays du Commonwealth) a décidé qu’il était temps de moderniser ses pièces de monnaie. Le motif principal de la pièce de 50 cents a été le premier de la nouvelle série à être approuvé, en juillet 1936. Mais il différait grandement des armoiries officielles, l’artiste George Kruger Gray ayant omis le casque entouré d’ornements, les motifs floraux et le ruban portant la devise « A MARI USQUE AD MARE » (d’un océan à l’autre). Il avait également agrandi la couronne et épuré la composition autour de l’écu. Outre sa taille plus grande, sa version était plus dépouillée et bien plus lisible que l’empreinte fidèle aux armoiries officielles qui ornerait plus tard les pièces de 50 cents.
1959 : nouvelles armoiries, nouvelle pièce

Lors de la première refonte des armoiries, la couleur des feuilles d’érable a suscité bien des débats. Certaines personnes considéraient que des feuilles vertes symbolisaient l’essor d’une jeune nation, tandis que d’autres estimaient que la feuille d’érable était plus distinctive et emblématique dans ses couleurs automnales.
Source : Wikimedia Commons
À la fin des années 1950, les armoiries du Canada ont été redessinées par l’artiste Alan Beddoe, historien, archiviste et fondateur de la Société héraldique du Canada. Ce dernier a remplacé la couronne Tudor par la couronne de saint Édouard, utilisée lors des couronnements d’Élisabeth II et de Charles III. Il a aussi grandement simplifié les motifs floraux sous le ruban et élagué les ornements plutôt exubérants autour du casque. À l’exception des feuilles d’érable, l’écu demeurait essentiellement une variante du blason britannique.
Cette refonte a donné lieu à la création d’une nouvelle pièce de 50 cents aux détails d’une finesse remarquable. Malgré sa petite taille et sa complexité, le motif de cette pièce, créé par le graveur en chef de la Monnaie royale canadienne Thomas Shingles, était bien plus fidèle aux armoiries officielles que celui de la version précédente.
1997 : des armoiries plus représentatives du Canada
Pendant près de 40 ans, les armoiries de la pièce de 50 cents n’ont subi à peu près aucun changement, mis à part quelques ajustements mineurs visant à améliorer la durée de vie des coins de fabrication. Par ailleurs, avec le passage de l’argent au nickel en 1968, la taille de la pièce a été réduite. Cependant, après l’inscription de la Charte canadienne des droits et libertés dans la Constitution en 1982, le besoin de renouveler les armoiries s’est fait sentir. On souhaitait y intégrer une représentation de la plus haute distinction du pays, l’Ordre du Canada, à l’image de l’Ordre de la Jarretière sur les armoiries du Royaume-Uni. De nouvelles armoiries ont été dessinées par Cathy Bursey-Sabourin à la fin des années 1980, puis ont reçu l’approbation royale en 1994.
La pièce de 50 cents a donc été modifiée à nouveau pour arborer les nouvelles armoiries, jusque dans les moindres détails des contours et des ornements floraux. Depuis, le motif de cette pièce est resté fidèle au dessin de 1994, malgré l’ajout de dates commémoratives et le déplacement de la légende au revers pour certaines émissions spéciales. Il n’y a tout simplement pas eu de raison de le changer.
À quand la prochaine refonte des armoiries?
En juin 2008, Patrick Martin, député de Winnipeg-Centre, a présenté à la Chambre des communes une motion demandant la modification des armoiries. Il réclamait qu’on y ajoute des symboles représentant les Premières Nations, les Inuit et les Métis, une proposition initialement formulée par l’héraldiste Edward Chadwick en 1917. (Un autre député de Winnipeg, Robert-Falcon Ouellette, a réitéré cette demande en 2019.) Il a notamment été proposé de remplacer les supports par des animaux canadiens et d’évoquer un troisième océan dans la devise afin d’inclure la côte arctique.
Quoi qu’il arrive aux armoiries du Canada, il y a fort à parier que la pièce de 50 cents ne tardera pas à leur emboîter le pas.
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