Aujourd’hui, nous verrons deux concepts économiques importants : l’avantage comparatif et le coût d’opportunité. Gardez bien ces deux notions en tête, car elles sont étroitement liées. Ne vous inquiétez pas : tout deviendra plus clair dans quelques instants grâce à nos deux amis, Marc et Lucie. Marc et Lucie aiment les pommes et les oranges, et tous les deux sont d’excellents cueilleurs. Quand Marc va cueillir des pommes, il peut en ramasser dix par jour. C’est la même chose pour les oranges : il peut aussi en cueillir dix en une journée. En revanche, il ne peut pas faire les deux en même temps. S’il passe sa journée à cueillir des pommes, il doit renoncer à dix oranges. Eh oui, c’est comme ça : c’est la vie. Comme Marc, Lucie peut cueillir dix pommes par jour. Mais lorsqu’elle cueille des oranges, il se passe quelque chose de merveilleux. Alors que Marc peut cueillir soit dix pommes, soit dix oranges par jour, Lucie, elle, peut ramasser trente oranges dans le même laps de temps. Elle est vraiment très douée pour la cueillette des oranges — allez savoir pourquoi ! Un beau jour, Marc et Lucie décident de partager leur journée : la moitié à cueillir des pommes et l’autre moitié à cueillir des oranges. Vous vous doutez de ce qui s’est passé. Marc a cueilli cinq pommes le matin, puis cinq oranges l’après-midi. Lucie, quant à elle, a cueilli autant de pommes que Marc le matin, mais sa cueillette de l’après-midi a été bien différente. À la fin de la journée, lorsqu’ils ont mis ensemble leur récolte, ils ont compté dix pommes et vingt oranges. C’est alors qu’ils ont eu une illumination. Si Marc avait consacré tout son temps à cueillir uniquement des pommes et Lucie uniquement des oranges, ils auraient obtenu le même nombre de pommes, mais dix oranges de plus. Comment est-ce possible ? Tout simplement en répartissant les tâches autrement. La réponse se trouve dans un concept présenté au début : le coût d’opportunité. On sait que Marc peut cueillir soit dix pommes, soit dix oranges en une journée. Ainsi, lorsqu’il décide de cueillir une pomme, il choisit en même temps de renoncer à une orange. C’est un peu comme s’il faisait un échange avec lui-même : une pomme contre une orange, et vice versa. Pour Lucie, en revanche, la situation est différente. Comme elle peut cueillir trois fois plus d’oranges que de pommes par jour, le coût d’une pomme n’est pas le même pour elle que pour Marc. Lorsqu’elle choisit de cueillir une pomme, elle ne renonce pas à une seule orange, mais à trois. Autrement dit, le coût de renoncer à la cueillette des oranges est plus élevé pour Lucie que pour Marc. C’est précisément ce qu’on appelle le coût d’opportunité. Mais attendez : Lucie peut améliorer sa situation. Il lui suffit d’obtenir une pomme en échange de moins de trois oranges. De son côté, Marc peut aussi s’en sortir gagnant s’il obtient une orange pour moins d’une pomme. Et cela devient possible s’ils échangent entre eux plutôt que de faire chacun un échange avec eux-mêmes. Voyons comment. Voici les oranges que Lucie a cueillies pendant qu’elle ne ramassait pas de pommes, et voici les pommes que Marc a cueillies pendant ce même temps. Lorsqu’ils échangent, Lucie donne deux oranges à Marc en échange d’une pomme. Si elle avait fait cet échange avec elle-même, elle aurait dû renoncer à trois oranges. Elle se retrouve maintenant avec une pomme et une orange : elle a donc fait une bonne affaire. Marc, lui non plus, n’est pas en reste. Il obtient deux oranges pour une pomme, alors qu’en échangeant avec lui-même, il n’en aurait eu qu’une seule. En répartissant les tâches différemment et sans augmenter la quantité cueillie par chacun, Marc et Lucie se retrouvent avec davantage de fruits. Ainsi, même si Lucie est meilleure pour tout, elle tire malgré tout un avantage de l’échange. En effet, le nombre d’oranges qu’elle donne à Marc pour obtenir une pomme est inférieur au nombre d’oranges auxquelles elle devrait renoncer si elle cueillait la pomme elle-même. En tenant compte des coûts d’opportunité et en se spécialisant, Marc et Lucie bénéficient tous les deux de l’avantage comparatif. Et la vie est belle ! Ce qui est vrai pour Marc et Lucie l’est aussi pour tous les pays : l’avantage comparatif profite à tous. Autrement dit, les pays améliorent leur situation en se spécialisant et en échangeant entre eux, plutôt qu’en essayant de tout produire eux-mêmes, même lorsqu’ils sont très compétents dans un domaine. C’est toute la beauté de l’avantage comparatif.