Sir John Franklin au Musée canadien de l’histoire

objet, cloche de navire

La cloche d’un navire est considérée comme son cœur. Celle-ci, repêchée de l’Erebus, est l’un des objets phares.

Earhart dans le Pacifique, Mallory sur l’Everest, Franklin dans l’Arctique… Comment ne pas être fasciné par les expéditions funestes qui, encore aujourd’hui, restent nimbées de mystère? Or la fascination qu’exerce le sort de sir John Franklin semble particulièrement persistante. On le comprendra, car une vingtaine d’opérations de recherche ont été menées dans l’Arctique de 1847 à 1859 dans le but de retrouver Franklin et ses hommes (morts ou vivants). S’en sont suivies une douzaine d’expéditions – qui avaient pour but de ravitailler ou de secourir les équipages des vingt premières – puis dix autres, qui ont indirectement participé aux efforts de recherche. Les recherches elles-mêmes se sont empreintes d’une aura de légende : des navires se sont égarés et des hommes ont trouvé la mort en essayant d’élucider cette affaire. Elles ont toutefois permis de trouver une foule d’objets et plusieurs cadavres, et de cartographier le maillon manquant du passage du Nord-Ouest.

Lentement mais sûrement, une évidence s’est imposée aux Européens : pour progresser dans leur exploration de l’Arctique, ils allaient avoir besoin de l’aide des Inuits. De même, le National Maritime Museum à Greenwich, au Royaume-Uni, a fait appel aux habitants du Nunavut, à la Fiducie du patrimoine inuit et à Parcs Canada pour produire sa grande exposition de 2017 intitulée Périr dans les glaces : le mystère de l’expédition Franklin. Pour notre plus grand plaisir, elle est maintenant à l’affiche du Musée canadien de l’histoire.

mannequin, Inuit, parkas en peau de phoque

Ces parkas en fourrure sont en fait des vêtements traditionnels inuits d’été, ce qui donne une idée des conditions inhospitalières qu’allaient devoir endurer les hommes de Franklin.

carte, exploration de l’Arctique canadien, itinéraires

À mesure que se dessinent les itinéraires des explorateurs de l’Arctique sur cette carte animée, les territoires découverts par les Européens deviennent visibles.

Après avoir franchi l’entrée, le visiteur découvre un premier grand présentoir : des vêtements et des outils inuits. Voilà un excellent moyen d’illustrer les conditions inhospitalières qu’allaient devoir endurer Franklin et les autres Européens qui se préparaient à explorer le Haut-Arctique canadien en 1845. Ces objets contrastent de manière frappante avec la vaisselle et l’argenterie fines, exposées en exemple, qui furent embarquées sur les navires de Sa Majesté pour les périples dans l’Arctique. Les explorateurs comptaient bien passer plusieurs années à bord de leur navire dans les conditions les plus dures de la planète et étaient attachés à leur confort (d’où la provision de 3 200 kg de tabac!). Ces marchandises ont toutefois dû paraître absurdes lorsque les équipages ont abandonné les navires et que la simple survie a commencé à prendre des allures de luxe.

À ma grande surprise, j’ai constaté que le gros de l’exposition n’était pas consacré aux objets remontés des épaves des navires de Sa Majesté Erebus et Terror. Quelques-uns de ces artéfacts sont disséminés parmi les pièces exposées ou tiennent leur propre place. En fait, la plupart des objets proviennent de découvertes plus anciennes faites dans des camps, d’échanges avec les Inuits ou des dizaines de tentatives visant à trouver Franklin.

objet, boîte à thé en étain

Souvent, les objets ont un lien avec la nourriture, comme cette boîte à thé en étain trouvée sur l’île du Roi-Guillaume. L’argenterie était utilisée lors des repas, mais elle a également servi de monnaie d’échange avec les Inuits.

objets, boîtes, aliments

Pour un archéologue, les rebuts, c’est de l’or. Ces objets ont été trouvés au camp de Franklin, à l’île Beechey, où les restes momifiés de trois marins ont été découverts.

Occupant pratiquement tout l’espace, une exposition dépeint de façon ingénieuse la vie à bord de l’Erebus. Grâce notamment à un plan du navire grandeur nature tracé sur le sol, on peut se représenter la cargaison, les cabines de l’équipage, le coin cuisine et la cabine relativement luxueuse de Franklin. Dans cette dernière se dresse une réplique de la table de travail de l’explorateur, qui intègre le pied et la base du meuble, repêchés de l’Erebus.

musée, expositions

Lorsqu’on voit le plan de l’Erebus dessiné au sol, on réalise à quel point ce navire était petit.

musée, exposition, cabine du capitaine

La cabine de Franklin renfermait les cartes marines, les plans ainsi qu’une grande bibliothèque. Une pièce d’origine de l’Erebus, un pied et la base de la table de travail de Franklin, est présentée dans cette exposition.

Comme le suggère le titre, l’exposition est axée sur le mystère qui enveloppe le sort de l’expédition plus que sur l’expédition elle-même. Une grande partie de l’exposition est consacrée aux nombreuses tentatives de retrouver Franklin. Une frise interactive reconstitue la chronologie des opérations de recherche et donne des renseignements sur chaque mission. Cette frise interactive est très prenante… C’est là que j’ai passé le plus de temps! Tout aussi captivante, une petite section met en lumière les multiples causes probables de souffrance et de décès des membres d’équipage, et montre notamment une preuve de cannibalisme. Macabre, certes, mais le message de l’exposition semble tourner en partie autour de la souffrance et du désespoir.

objet, os humain, marques de découpe

Cette reproduction, témoignage d’actes de cannibalisme et, par là même, du désespoir absolu des membres de l’équipage, est l’objet le plus bouleversant de tous.

La dernière section porte sur la découverte des épaves de l’Erebus et du Terror. J’admets avoir éprouvé un réel sentiment de soulagement en y entrant. Après toutes ces histoires de privations et de dures épreuves, il était réconfortant d’apprendre que, grâce aux technologies d’aujourd’hui, on navigue aisément dans l’Arctique. On ressent également une pointe de fierté à l’égard des réalisations de Parcs Canada. On a même l’impression de pouvoir enfin tourner la page. Les objets sont peu nombreux, mais riches de sens, et cette zone vient clore l’exposition en faisant un parallèle intéressant avec les objets inuits présentés à l’entrée : deux cultures sont parvenues à subsister dans cet environnement hostile, mais les Européens n’auraient jamais pu espérer y arriver sans l’aide des Inuits.

musée, vitrine d’exposition

Franklin est surtout connu du public pour sa disparition. Notre exposition s’intéresse à la périlleuse carrière qui l’a mené à son triste sort.