Visite au MSTC et conversation avec l’équipe

Qui aurait cru qu’un toit sur le point de s’écrouler et des moisissures dans les murs feraient partie des meilleures choses qui pouvaient arriver au Musée des sciences et de la technologie du Canada (MSTC)? Comment, vous demandez-vous? Eh bien, pour éviter la catastrophe, une enveloppe de 80 millions de dollars a été libérée pour la reconstruction du Musée. L’état de l’ancien entrepôt de boulangerie qui abritait le MSTC depuis 1967 se dégradait à une vitesse alarmante, et l’on planifiait la construction d’un nouvel édifice depuis les années 1970. Les plans ne se sont cependant jamais réalisés. Le MSTC a ainsi occupé pendant 50 ans ce qui devait être au départ un abri temporaire.

portes d’entrée entourées de panneaux à DEL

La nouvelle voûte lumineuse à DEL devient de plus en plus impressionnante à mesure qu’on s’en approche.

L’affaissement du toit et la colonie de moisissure qui ont forcé la fermeture du Musée en 2014 ont permis d’en faire quelque chose de merveilleux. La transformation apparaît encore plus spectaculaire, voire miraculeuse, lorsqu’on connaît les délais incroyablement serrés du projet de modernisation et de reconstruction presque complète. Je peux en témoigner, ayant fait partie de la délégation du Musée de la Banque du Canada qui a passé un après-midi à visiter le MSTC et à discuter avec certains membres de son équipe responsable des expositions.

visiteurs dans un musée

L’Allée des artefacts, très divertissante, est ponctuée de bornes interactives et de stations immersives qui font la joie des enfants.

présentoirs de musée

Présentant aussi bien des luges que des radios, des satellites que des gaufriers et un véhicule amphibie, l’Allée des artefacts en soi mérite le détour.

objet électronique avec une soucoupe

Il s’agit apparemment d’un « telluromètre », nom qui ne m’a pas vraiment éclairé. Le truc à l’arrière est certainement une râpe à fromage atomique.

L’ancien musée avait l’air de ce qu’il était : un vieil entrepôt. Son entrée était pratique mais quelconque, et le bâtiment lui-même dégageait une impression générale de… brune monotonie. Ce n’est plus le cas! La nouvelle entrée, intégrée à une structure angulaire moderne, est entourée d’images géantes aux couleurs vibrantes. Visible de la rue, ce flot d’images animées en mouvement constant est un véritable phare. Ce sont en fait des panneaux, couverts de milliers de minuscules ampoules à DEL multicolores, qui sont installés au-dessus et sur les côtés des portes. À distance, cette « voûte lumineuse » donne l’illusion de former un seul écran plat. De près, les images – paysages, phénomènes météorologiques extrêmes, cosmos et toutes sortes d’éléments techniques et historiques – défilent au-dessus et autour du visiteur, créant une expérience quasi immersive. Celle-ci offre un avant-goût qui donne envie de voir la suite, mais il vaut la peine de s’arrêter un moment pour en profiter.

L’Allée des artefacts, qui fait toute la longueur du musée, est sans doute le deuxième attrait du musée. Véritable caverne d’Ali Baba, elle expose des centaines d’objets fascinants. Comme les murs d’un canyon, elle écrase le visiteur, et prend les allures d’un captivant cabinet des curiosités. Ce point central de la visite permet de se détendre entre le parcours des salles d’exposition plus sérieuses qui l’entourent. Personnellement, j’ai préféré aller et venir dans cette Allée des artefacts comme si ce n’était pas une seule salle d’exposition. Et il vaut la peine d’y retourner, car je vous garantis que vous manquerez quelque chose la première fois (il faut penser à lever la tête). La seule chose qui m’a dérangé était l’absence d’informations détaillées à côté des artefacts, mais il y a assez de place pour ajouter des fiches descriptives avec le temps.

chien portant un harnais de parachute

La salle « La technologie prêt-à-porter » ne concerne pas seulement les humains : on y voit aussi des chiens, des bovins, des chevaux et des poulets portant de drôles d’accoutrements.

frise chronologique du musée

La salle « La technologie au quotidien » est remplie d’objets que de nombreux visiteurs se souviennent d’avoir utilisés, ce qui personnalise la visite.

voiture décapotable et caravane

Cette Chrysler Windsor et sa caravane assortie sont sans doute les objets les plus photographiés du Musée. Il y a cependant bien plus de bicyclettes que de voitures.

Les salles d’exposition ne correspondaient pas à mes attentes, car je pensais y trouver des thèmes généraux comme « les communications » ou « le transport ». Ces thèmes existent, bien sûr, mais ils sont intégrés à des titres plus narratifs, tels que « La technologie du quotidien », ou étonnamment explicites, tels que « La technologie prêt-à-porter ». N’étant pas limités par des catégories d’artefacts grâce à la création de ces trames, les conservateurs ont pu présenter une grande variété d’objets dans une même salle. Cette façon de faire permet d’exploiter la collection du MSTC de manière beaucoup plus souple en mettant l’accent sur l’utilisation d’un objet plutôt que sur ce qu’il est. Ainsi, la salle « En pleine nature », thème canadien par excellence, réunit des objets qui ne seraient normalement jamais présentés ensemble. On s’attendrait à ce que l’automobile qui y est exposée soit entourée d’autres voitures, mais elle illustre plutôt un thème qui comprend aussi des motoneiges, des bicyclettes, des raquettes et… du matériel de camping.

cafetière

Certains objets dans la salle « La technologie au quotidien » sont présentés avec une déférence affectueuse qui permet au visiteur de comprendre l’importance des technologies d’usage courant.

aire de jeu pour enfants

Même si l’espace de jeu « ZOOOM » est réservé aux enfants de moins de neuf ans et à leurs parents, nous avons cru nécessaire de tester les jeux pour les besoins de… hum… la recherche.

Le côté personnel de ces thèmes narratifs fait partie de ce qui rend la visite du nouveau musée amusante. Qui n’aime pas regarder des présentoirs chargés de télescopes en cuivre ou de modèles de bateaux? Toutefois, le déclic se fait vraiment lorsque nous voyons un artefact dont nous pouvons dire : « Tiens, ma mère en avait un! » L’établissement de liens entre les objets et les visiteurs est un moyen efficace de susciter l’intérêt, et l’Allée des artefacts ou la salle « La technologie du quotidien » offrent d’innombrables occasions à cet égard. Cependant, certaines salles en soi créent le même lien. Je parle bien sûr de la Cuisine bizarre, salle qui a survécu à l’ancien musée, devenant ainsi elle-même un artefact. Tout comme la Salle des locomotives, il s’agissait manifestement d’un cas où le mieux est l’ennemi du bien. La Cuisine bizarre fait partie des souvenirs d’enfance de deux générations de visiteurs qui y retournent, par nostalgie autant que pour en refaire l’expérience. Personnellement, elle me renverse toujours et me fait glousser de joie.

écran parmi des artefacts

Des bornes interactives numériques, comme ce jeu-questionnaire au sujet des téléphones intelligents, sont commandées de façon centralisée. On peut donc les modifier et les mettre à jour de loin.

locomotive à vapeur

Des bornes interactives numériques, comme ce jeu-questionnaire au sujet des téléphones intelligents, sont commandées de façon centralisée. On peut donc les modifier et les mettre à jour de loin.

Après la visite des salles d’exposition, nous avons rencontré Bryan Dewalt, directeur de la Division de conservation, Carolyn Holland, agente d’interprétation des expositions, et Tom Everett, conservateur de la collection des technologies de communication. Nous avons échangé avec animation des anecdotes sur nos expériences respectives de modernisation muséale. L’équipe du MSTC n’a eu que deux ans pour mettre au point ses nouvelles expositions. (Les créateurs du musée initial de 1967 avaient disposé d’encore moins de temps!) Un remue-méninges, un processus d’approbation simplifié, une consultation publique et beaucoup d’heures supplémentaires leur ont permis de faire – et de bien faire – ce que j’aurais cru impossible. Prévoyants, ils ont aussi élaboré des systèmes de gestion numérique hautement intégrés. En effet, des systèmes de contrôle robustes surveillent continuellement le bon état de marche des composants des expositions à la fine pointe de la technologie, et permettent le téléchargement de nouveaux contenus ou de corrections logicielles. L’équipe du MSTC ne veut en effet pas se retrouver avec un musée stagnant rempli d’expositions désuètes.

À la lumière de ce que nous avons appris sur le MSTC, je peux dire que le résultat est plus que remarquable, il est époustouflant. Chapeau!