Enfin un titre pour notre prochaine exposition!

Par Graham Iddon, rédacteur du Musée

On le sait, tous les visiteurs d’un musée sont différents, et il est du coup impossible de répondre aux besoins de chacun d’entre eux. Et si pourtant l’on pouvait découvrir un petit nombre de profils ou de catégories qui engloberaient presque tout le monde? Des catégories définies en fonction de notre compréhension et de notre utilisation du contenu ou encore de nos intérêts? Tout un champ d’études, qui se consacre justement à cette question, a donné naissance à plusieurs écoles de pensée. Ces dernières produisent des résultats probants et très concrets dans le domaine de l’élaboration d’expositions, puisqu’elles parviennent (sur le plan théorique) à réduire la multitude de visiteurs uniques à quelques individus types.

visiteurs d’une exposition

Tous les groupes de visiteurs présentent un mélange disparate de modes d’apprentissage, d’intérêts et de motivations.

IPOP est un petit nouveau (ou presque) dans le monde de l’expérience visiteur. Minutieusement élaboré à partir de sondages, d’observations et d’entrevues de visiteurs sur une période de seize ans, ce projet de l’Institution Smithsonian a permis de distinguer plusieurs grandes catégories d’intérêt dans lesquelles entre la grande majorité des visiteurs : les Idées  (attrait pour les concepts, les faits et le raisonnement); les Personnes (penchant pour l’expérience humaine et les histoires); les Objets (intérêt pour les choses et le savoir-faire); l’aspect Physique (attention éveillée par le touché, le mouvement et le son). Cette théorie repose sur l’idée que la curiosité et les tendances inconscientes des gens influent sur leurs décisions. Dans la pratique, le modèle IPOP insiste sur la mise en place d’une équipe chargée des expositions dont les membres seraient représentatifs de ces quatre grandes catégories, et donc des différents points de vue des visiteurs.

Lors d’un colloque au printemps dernier, Ken Ross, directeur du Musée, a participé à un séminaire présenté notamment par Andrew J. Pekarik, responsable de la recherche autour du projet IPOP à l’Institution Smithsonian (lire sa communication dans laquelle il passe sa théorie au crible). Son collaborateur n’était autre que Jean‑François Léger, du Musée canadien de l’histoire, qui s’est servi du modèle IPOP pour concevoir l’exposition Les Grecs, présentée dans son institution l’an dernier. Ken est revenu au bercail avec l’idée d’adopter ce modèle pour la planification des expositions du Musée.

Notre prochaine exposition itinérante porte sur la monnaie électronique. Jusqu’à présent, nous n’avions jamais tenté de monter une exposition sur un sujet encore en évolution. Compte tenu des nouveaux modes de paiement novateurs et de l’essor de la monnaie numérique, la monnaie électronique est sous les feux de la rampe et s’accompagne forcément d’attentes. Le choix du titre revêtait donc une importance capitale.

tableau blanc

Nous avons d’abord dressé une liste de titres en anglais, à faire traduire en français. Pour l’élaboration du contenu de l’exposition, c’est majoritairement l’inverse : on part du français.

tableau blanc

Une bonne idée étouffée dans l’oeuf.

Le processus de conception était déjà bien amorcé et nous ne réussissions toujours pas à trouver de titre. L’application du modèle IPOP nous a forcés à revenir aux fondements de l’exposition, aux messages véhiculés. Pour respecter l’esprit du modèle IPOP, il nous fallait faire la synthèse des idées proposées selon des points de vue extrêmement différents, à savoir ceux des équipes chargées des expositions, de la conservation et de la gestion de projets. Des dizaines de suggestions ont été faites, puis évaluées à l’occasion d’échanges de courriels et de rencontres autour d’un tableau blanc – des réunions qui se sont vite transformées en véritables ventes aux enchères. Finalement, nous avons retenu une liste de titres que la plupart d’entre nous acceptaient ou, à tout le moins, se résignaient à tolérer. Nous avons ensuite consulté des visiteurs potentiels.

Nous avons élaboré une enquête pour tester les sept propositions de titre. Ainsi, les répondants devaient indiquer à quel point une exposition portant tel ou tel titre les intéresseraient et quel en serait le contenu selon eux. Menée auprès d’employés de la Banque choisis au hasard, l’enquête a donné des résultats plutôt éclairants (ou déprimants, car personne n’aime voir descendre en flammes ses idées favorites). Finalement, les répondants ont poliment rejeté des titres comme Going Viral: the Spread of E-money ou Cryptomania: “Liking” E-money, mais plusieurs titres courts et directs ont remporté plus de succès. Grâce aux réponses obtenues, nous avons pu voir l’exposition avec les yeux du visiteur et choisir le titre le mieux adapté.

Quel est donc le titre de la nouvelle exposition? Roulement de tambour… La monnaie électronique déchiffrée.

À ce stade, l’exposition est entre les mains de notre équipe chargée de l’interprétation. Nous vous tiendrons au courant de son évolution. Restez à l’affût!