Congrès annuel de l’American Alliance of Museums tenu en avril 2015

Le congrès annuel de l’American Alliance of Museums (AAM) tenu cette année à Atlanta, lieu de naissance de Martin Luther King Jr, avait pour thème « The Social Value of Museums: Inspiring Change ». Ce thème a gagné en pertinence à mesure que s’écoulait la semaine, avec en arrière-plan les nouvelles sur les émeutes ayant éclaté à Baltimore dans la foulée de la mort de Freddie Gray.

Le « Behold Monument » salue les principes historiques qui ont guidé Martin Luther King Jr dans ses travaux. On le trouve au Martin Luther King Jr. National Historic Site. (Artiste : Patrick Morelli)

« J’ai l’audace de croire que partout les peuples peuvent avoir trois repas par jour pour nourrir leur corps, une éducation et une culture pour nourrir leur pensée, la dignité, l’égalité et la liberté pour nourrir leur esprit. »
– 
Martin Luther King Jr

La faculté de jeter un regard sur le passé et de l’interpréter, tout comme celle de planifier, d’imaginer l’avenir et de l’influencer, est l’une des caractéristiques qui rendent l’être humain unique. Les musées et les monuments arrivent admirablement à conserver la trace du passé et à lui donner tout son sens. Établi en 1980, le lieu historique national consacré à Martin Luther King Jr est un site superbe honorant la mémoire d’un homme qui a changé le monde. J’ai visité l’église baptiste où il était pasteur et où ont été célébrées ses funérailles; je me suis assise sur un banc et j’ai écouté l’enregistrement de l’un de ses sermons passionnés. Le centre d’accueil voisin, qui relate sa vie, fourmillait de groupes scolaires.

Partie arrière de l’église baptiste Ebenezer, où Martin Luther King a été baptisé.

Martin Luther King a aussi été pasteur de cette église tout au long de sa vie d’adulte.

J’ai aussi visité le nouveau Center for Civil and Human Rights, qui a ouvert ses portes l’an dernier dans un endroit bien en vue, à côté du musée Coca‑Cola. Selon Doug Shipman, président-directeur général du centre, l’architecture spectaculaire de l’édifice représente deux mains tenant dans leur creux un bien précieux : le peuple et son histoire. L’objectif était que l’architecture fasse partie intégrante de l’histoire à raconter. (Entrevues vidéo

Le Center for Civil and Human Rights est construit de façon à ressembler à des mains tenues en coupe, et son revêtement reprend les couleurs de différents teints du visage.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens réfléchis et engagés peut changer le monde. » – Margaret Mead

On peut voir les musées comme un lieu sûr où discuter de ce qui importe le plus aux collectivités. Lors d’une séance animée de l’AAM intitulée « The Social Value of Brick-and-Mortar Museums in a Digital Age », on a demandé aux membres du panel de choisir et de défendre un mot clé qui résume l’essence des musées. Voici les mots qu’ils ont choisis : public, temps, tangible, identité et seuil. Le Center for Civil and Human Rights incarne tous ces mots clés. Sa collection multimédia a, selon les participants, le pouvoir de retenir l’attention plus longtemps que ne le pourrait le cyberespace. Le centre propose une expérience immersive qui recrée le fameux comptoir du Woolworth, à Greensboro (Caroline du Nord), où quatre étudiants afro‑américains se sont assis en 1960 pour dénoncer passivement la ségrégation, événement ayant déclenché une série de manifestations assises et de protestations dans tout le Sud. Lors de la simulation, qui a arraché des larmes à plus d’un délégué au congrès, on s’assoit sur un banc et on place ses mains sur le comptoir : on fait alors l’objet de menaces dont l’intensité va croissant. Je n’ai pas tenu plus d’une minute. 

Section du fameux comptoir du Woolworth, à Greensboro (Caroline du Nord), exposée à la Smithsonian Institution.
Photo : Wikimedia Commons, RadioFan

Cela dit, que pouvons-nous faire dans notre nouveau musée à la Banque du Canada? Les mots clés choisis par les membres du panel ont trouvé un écho en moi, me poussant à les appliquer à nos propres entreprises. Dans nos travaux préliminaires, nous avons résolu de devenir la vitrine publique de la Banque du Canada, de retourner dans le temps pour en apprendre davantage sur l’évolution de l’économie canadienne et de présenter la collection de façon à éclairer la compréhension de notre histoire. Le caractère tangible du musée, qui ne se réduit pas à une seule dimension numérique, nous permettra d’offrir un lieu de rencontre propice à la discussion, où les gens pourront débattre de questions d’une manière réfléchie, dans le respect d’autrui. L’argent nous touche tous, et notre relation avec lui influe sur notre sentiment d’identité, c’est-à-dire la perception que nous avons de nous-mêmes. Enfin, notre nouvelle entrée, dressée vers le ciel en direction des chambres du Parlement, sera vue comme le seuil de la Banque du Canada, qui a la responsabilité de jouer un rôle central pour assurer la prospérité économique de tous les Canadiens.

Nouvelle entrée du Musée de la Banque du Canada faisant face à la colline du Parlement.

Accueillant quelque 4 500 délégués cette année et proposant plus de 190 ateliers, le congrès de l’American Alliance of Museums est le plus important au monde dans le domaine muséologique. En plus d’offrir de la documentation à télécharger sur le congrès, l’AAM est une mine de renseignements précieux pour les professionnels de la muséologie.