La première exposition incontournable de l’été

Requin

On ne s’attend pas nécessairement à voir de créatures marines dans cette exposition, mais il y en a quelques-unes – et des plus imposantes.

Je dois avouer qu’avant le mois d’avril, je n’avais vu aucune des popularissimes expositions de la série BODY WORLDS signée Gunther von Hagens. Ce n’est pas que je sois une petite nature (et non, je ne suis pas sur la défensive!). C’est seulement que je n’étais jamais dans la bonne ville au bon moment. Or, il se trouve que l’exposition Animaux à corps ouvert est présentée au Musée canadien de la nature , en grande première au pays, depuis le printemps. J’ai eu la chance d’assister à l’inauguration en compagnie de notre directeur, Ken Ross.

J’adore les soirées de ce genre. Les discours sont dynamiques, les amuse-bouche toujours bienvenus, et l’on croise immanquablement quelques connaissances du milieu muséal. La présidente-directrice générale du Musée canadien de la nature, Meg Beckel, a prononcé une allocution pour présenter l’exposition, puis Kamal Khidas, conservateur de la collection de vertébrés, a parlé de l’importance du travail de Gunther von Hagens. La directrice de l’Institute for Plastination, Angelina Whalley, nous a aussi adressé un mot dans un message vidéo préenregistré.

Cheval et homme

Quelques corps humains sont présentés, mais uniquement à des fins de comparaison. Voyez la différence de taille entre les cerveaux humain et chevalin.

Seules les petites bouchées nous ont posé problème. Ken et moi étions, semble-t-il, incapables de nous positionner stratégiquement sur la trajectoire d’un serveur au plateau bien garni. Contrairement à certaines personnes, qui paraissent dotées d’une faculté particulière pour mettre la main sur des petits-fours – comme des ours qui attrapent des saumons au vol dans la cascade – nous sommes restés sur notre faim. Peu importe. Peut-être aurions-nous moins apprécié l’exposition après nous être gavés de prosciutto et de boulettes de viande aigres-douces…


Taureau

Dans certains cas, le muscle prend toute la place.



Poisson

Certains des spécimens les plus petits sont aussi les plus jolis.



Coeur

La taille du coeur d’une girafe est comparable à celle d’un ballon de football : c’est ce qu’il faut pour pomper le sang tout le long de son cou de deux mètres et demi.


Il n’y avait, somme toute, pas de soucis à se faire à cet égard. Les créatures mortes bien préservées ne m’horrifient pas spécialement. D’autant plus que celles-ci ne me faisaient penser à aucune personne de ma connaissance, ni à l’un de mes plats favoris. À vrai dire, mon émerveillement ne laissait aucune place au dégoût. Voir ainsi les mécanismes internes des animaux révélés avec autant de clarté est une expérience qui mériterait d’être vécue par tout un chacun. Certes, il y a toujours un risque, avec des expositions de ce type, de tomber dans le sensationalisme. Mais ici, rien à voir avec les exhibitions de phénomènes de foire. L’exposition a été conçue à la manière d’un cours de science, ce qui permet de montrer les résultats spectaculaires de la plastification des corps dans un contexte éducatif. Il ne faut pas oublier que ce procédé a été d’abord et avant tout mis au point pour les écoles de médecine. Et comme la plupart des animaux présentés – soit plus d’une centaine – servent à illustrer différents systèmes biologiques, l’exposition va bien au-delà de la simple leçon d’anatomie où il n’y en a que pour les muscles. Vessies natatoires de poissons, cerveaux de moutons, reins de caribous et réseaux de vaisseaux sanguins engorgés : ce ne sont là que quelques exemples. L’aspect de bon nombre de ces bêtes est conforme à l’idée que l’on se fait d’une exposition de la série BODY WORLDS, mais certaines offrent un spectacle des plus inattendu. C’est le cas des configurations de vaisseaux sanguins et des coupes transversales rétroéclairées pleine grandeur. Ces dernières, qui ressemblent un peu à des radiographies, sont d’une grande beauté, surtout celles des poissons. Mais il faut aussi mentionner la girafe… À la manière d’un mobile fait de lames de microscope géantes, des dizaines de « tranches de girafe », coupées à l’horizontale, sont suspendues à côté d’un spécimen, à l’allure un peu plus traditionnelle, du même animal. Cet assemblage a pris aux techniciens plus de trois ans à préparer, et, comme vous vous en doutez, le cou a nécessité beaucoup de soin. 

Girafe

Assurément, le clou de l’exposition.

Une question demeure : peut-on y aller avec les enfants? Eh oui! Sachez cependant qu’il s’agit d’une exposition scientifique. Les animaux sont donc montrés intégralement (y compris certaines parties intimes, notamment chez le caribou). Mais cela ne devrait provoquer ni cauchemars ni haut-le-coeur – c’est seulement un peu surréel. Alors, n’hésitez pas à y aller en famille – même après avoir dégusté un bon hot-dog!

Une exposition présentée au Musée canadien de la nature jusqu’au 20 septembre.