Notre équipe visite la nouvelle exposition du Musée canadien de l’histoire

Affiche et entrée de l’exposition

L’entrée de l’exposition, à l’étage consacré aux expositions temporaires du Musée.

Au printemps dernier, nos conservateurs ont présenté une mini-exposition sur les banques fantômes à l’occasion du congrès annuel de l’Association royale de numismatique du Canada, à Mississauga, en Ontario (voir notre billet du 30 janvier 2015). Les « banques fantômes »? N’allez pas imaginer une succursale gérée par des zombies ou des virements de fonds d’outre-tombe : pensez plutôt à des bandes de criminels qui, au XIXe siècle, imprimaient des billets frauduleux et les mettaient en circulation dans l’économie locale. Nous préparons actuellement une exposition spéciale sur ce sujet, qui prendra l’affiche au Musée canadien de l’histoire, dans la vitrine qui abrite jusqu’au 26 juin notre mini-exposition SOUvenons-nous (à ne pas manquer, à l’arrière de la Grande Galerie, derrière la collection de timbres du Canada).

L’époque où sévissaient les banques fantômes coïncide avec une période de rébellions en Amérique du Nord britannique, et avec le début des démarches, échelonnées sur 30 ans, qui ont mené à la Confédération. Dans un souci de complémentarité, et pour nous donner quelques idées, nous nous sommes rendus au Musée canadien de l’histoire afin d’y visiter l’exposition1867 – Rébellion et Confédération.

Vitrines d’exposition

La première galerie de l’exposition, avec ses angles irréguliers et ses couleurs vives.

Document ancien

En réaction aux 92 résolutions visant la réforme du Bas-Canada, les autorités britanniques ont imposé de nouvelles restrictions au gouvernement local, ce qui a jeté de l’huile sur le feu.

L’aspect éclaté de l’exposition saute immédiatement aux yeux : les angles irréguliers des surfaces, les aménagements en dents de scie et les teintes écarlates évoquent la tension et les hostilités latentes de l’époque. Ces effets visuels agressifs s’atténuent à mesure que l’exposition progresse, mais réapparaissent ponctuellement, en fonction des thèmes abordés. Les artéfacts sont fascinants et d’une grande valeur historique. Nombre d’entre eux sont des documents en papier, donc très vulnérables. D’authentiques exemplaires de rapports sur l’Amérique du Nord britannique, le fameux Acte de l’Amérique du Nord britannique, ainsi que les résolutions de la Conférence de Québec de 1864 (enjolivées de gribouillis réalisés par nul autre que sir John A. Macdonald), peuvent être admirés. Cependant, préparez-vous à plisser les paupières, car le tout est présenté dans la pénombre. En effet, l’éclairage de l’ensemble de l’exposition est plutôt tamisé, avec çà et là quelques éléments illuminés, comme desartéfacts plus résistants et des panneaux explicatifs. Cela tient à la durée de l’exposition et à la quantité totale de lumière que les artéfacts peuvent supporter. Les observateurs attentifs remarqueront la contribution du Musée de la Banque du Canada : nous avons prêté quelques pièces de monnaie et billets de banque thématiques de la Collection nationale de monnaies (vous ne vous attendiez quand même pas à des chaussures ou à des armes à feu!) à nos collègues du Musée canadien de l’histoire.  Les billets sont présentés dans une série d’artéfacts sur l’économie de l’époque, qui illustre la réalité des plus fortunés comme des plus démunis. Cette dichotomie se pose en parallèle à l’atmosphère de révolte qui régnait en ces temps où l’extrême pauvreté contrastait avec la richesse et les pouvoirs exorbitants de la classe dirigeante, de façon encore plus criante qu’aujourd’hui.

Pièces de monnaie

Quelques pièces d’avant la Confédération, prêtées par le Musée de la Banque du Canada.

Anciens billets de banque

D’autres artéfacts tirés de notre collection : la monnaie de papier à ce moment-là était émise par les gouvernements provinciaux, les municipalités, les banques ou les commerçants.

Livre ancien

Code civil du Bas-Canada (Québec).

L’une des dernières galeries relève plus de l’art de l’installation que de l’exposition. Des chapeaux hauts de forme, représentant les délégués présents à la Conférence de Charlottetown (et possiblement aux autres conférences), sont suspendus au-dessus d’une table symbolique. Une scène dotée d’un écran à rétroprojection donne un aperçu du bal tenu à la fin de la semaine de délibérations. Sur cette scène se trouve l’authentique table autour de laquelle les délégués se sont assis pour discuter de l’avenir de la nation. Le vénérable meuble (qui a, depuis la Conférence, été raccourci de six pieds) a longtemps été exposé sous les grandes fenêtres de la bibliothèque de l’Assemblée législative de la Saskatchewan (plutôt étonnant, non?). Quand j’étais petit et que j’accompagnais mes parents à la bibliothèque, je me demandais comment cette table avait abouti là. Eh bien, il se trouve qu’elle avait été envoyée dans les Prairies afin d’être utilisée par l’Assemblée législative des Territoires-du-Nord-Ouest (dont faisaient partie l’Alberta et la Saskatchewan jusqu’en 1905), et qu’elle y était restée depuis.

Édifice ancien en train de brûler

Une immense animation projetée montre l’incendie de l’édifice du parlement de la Province du Canada (Québec et Ontario), à Montréal, en 1849.

Chapeaux hauts de forme suspendus au-dessus d’une table

Chapeaux hauts de forme représentant les délégués présents aux conférences ayant mené à l’Acte de l’Amérique du Nord britannique et à la Confédération.

Document ancien avec dessins

Les griffonnages de sir John A. Macdonald sur une copie du rapport de la Conférence de Québec de 1864.

L’exposition est à la fois sombre et brillante, ténébreuse et dynamique; elle vaut incontestablement le détour pour toute personne intéressée par les fondements politiques de notre pays. Nous en avons retiré plusieurs idées pour notre propre exposition, qui offrira un bon complément à celle-ci. Avec un peu moins de chapeaux hauts de forme!