Bloguer au sujet d’une exposition déjà terminée peut sembler futile. Lorsque je me suis rendu compte que j’avais du retard dans certains trucs et que je n’avais pas réussi à terminer ce billet avant la fin de l’exposition Alex Colville, j’ai été déçu de moi-même. Puis, j’ai appris que celle-ci prenait l’affiche en avril au Musée des beaux-arts du Canada. Du coup, ma négligence est moins grave qu’il n’y paraît. Aussi allons-nous faire comme si j’avais toujours su que le Musée des beaux-arts du Canada allait accueillir l’exposition consacrée à cette icône canadienne.

J’ai cru pendant un moment que j’irais seul à l’exposition. En pénétrant dans l’impressionnant hall d’entrée du Musée des beaux-arts de l’Ontario, nous avons constaté qu’une exposition sur Michel-Ange y était aussi présentée. Il m’a fallu une bonne dose de persuasion pour convaincre ma conjointe de m’accompagner, mais elle a été tout aussi captivée que moi par l’exposition sur Colville.

Visiteurs et tableaux

Les œuvres sont disposées de manière à laisser au visiteur tout le recul voulu pour les apprécier.

Large rétrospective de l’œuvre d’Alex Colville, l’exposition couvre toute sa carrière, depuis la période d’avant la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux derniers portraits de sa bien-aimée femme Rhoda, qui fut, tout au long de sa vie, sa muse et son modèle. Suivant une trame vaguement chronologique, l’exposition est notamment composée d’un ensemble d’îlots, chacun consacré à un thème : chiens, famille, guerre, nature, etc. Mais quel que soit le sujet des œuvres, qu’il s’agisse d’un fox-terrier ou d’une Honda Civic, celles-ci sont invariablement et légèrement… troublantes.

Jeune femme regardant à travers des jumelles

Campant le rôle de Suzy Bishop dans Moonrise Kingdom, Kara Hayward nous regarde du haut d’un phare dans le film Moonrise Kingdom, de Wes Anderson. En médaillon : Vers l’Île-du-Prince-Édouard.

Image projetée d’une maison

Scène tirée du film Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, des frères Coen. À l’arrière-plan figurent les tableaux de Colville utilisés dans le film The Shining.

Gens dans une salle de musée

Le samedi, l’exposition attire un nombre particulièrement élevé de visiteurs.

En entrant dans la salle principale, le visiteur fait immédiatement face à un immense écran où est projetée une scène du film Moonrise Kingdom, de Wes Anderson. L’adolescente qui regarde à travers des jumelles évoque spontanément le tableau de Colville intitulé Vers l’Île-du-Prince-Édouard. Beaucoup plus subtile est la référence à Colville contenue dans une scène tirée du film Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, des frères Coen. Cette séquence, où la tension est palpable, fait naître chez le spectateur le sentiment presque douloureux que quelque chose de terrible – que la caméra n’a pas saisi – vient de se produire, une sensation étrange que provoquent souvent les œuvres de Colville et dont plusieurs critiques ont fait mention. Délicieusement inattendues, de telles comparaisons cinématographiques mettent en relief l’étendue de l’influence culturelle de Colville, laquelle s’observe notamment dans le film The Shining, de Stanley Kubrick. Le cinéaste, qui ne laissait rien au hasard, a choisi d’orner les murs de l’hôtel Overlook d’œuvres canadiennes, dont plusieurs sont de Colville. Nous avons pris un malin plaisir à revoir The Shining pour y repérer les tableaux du peintre et en avons reconnu trois sur les quatre qui apparaissent dans le film, dont l’un est situé dans la fameuse chambre 237 (« Ne va pas dans cette chambre, Danny… tiens, un Colville! »). Étant donné qu’il s’agit d’un film dont l’horreur tient à son atmosphère et à ses métaphores, nous avons eu encore plus de plaisir à chercher la sinistre symbolique de l’emplacement des tableaux.

Bannières assorties de citations

Les bannières situées à l'entrée montrent des images représentant les thèmes de l’exposition.

Peinture et dessin

Colville portait une attention minutieuse à tous les aspects de ses peintures, qui combinent des éléments de perspective soigneusement étudiés.

Disposées de manière à former une grande grille, six photographies des pièces de monnaie aux motifs conçus par Colville représentent la contribution sous-estimée de ce dernier à l’art numismatique canadien (voir à ce sujet le billet du 30 juillet 2013). Réalisées par l’artiste William Eakin, les photographies sont des agrandissements de la série de pièces commémoratives de 1967, dessinées par Colville pour le compte de la Monnaie royale canadienne. Eakin a choisi de photographier des pièces usées pour évoquer ces millions de Canadiens qui, à une certaine époque, se promenaient avec de minuscules œuvres de Colville dans leurs poches. Quelles qu’aient été les intentions d’Eakin, je crois que nos conservateurs frémiraient devant l’état tout juste « acceptable » des pièces!

Femme regardant des peintures

La femme de Colville, Rhoda, occupe une place prédominante dans l’œuvre de l’artiste-peintre.

Bandes dessinées

Bandes dessinées basées sur la vie d’Alex Colville et de sa femme, Rhoda.

En fin de parcours, l’exposition réunit des bandes dessinées, des photographies et des films qui représentent la perception qu’avait Colville de la famille, des chiens et des paysages des Maritimes qui l’entouraient. Il semble que l’homme ait mené une vie des plus enviables. Ne manquez pas la rétrospective historique de cette icône canadienne.

L’exposition Alex Colville prend l’affiche le 23 avril 2015 et sera présentée jusqu’au 7 septembre au Musée des beaux-arts du Canada.