Un établissement sous-estimé, et pourtant remarquable

Vieux bâtiment de pierres

L’une des façades du principal bâtiment du Monastère des Ursulines. (photo : Jean Gagnon)

Perdu au milieu de la forêt architecturale du Vieux-Québec gît le Monastère des Ursulines. Sur ce domaine de près de trois hectares s’élèvent les constructions du XVIIe siècle les plus imposantes du Canada, dont certaines, quasi-monumentales, sont dotées de hautes façades de pierre et de lucarnes argentées. Mais, comme tant d’autres perles à Québec, ces bâtiments parviennent encore à dissimuler leurs formes. Difficile donc d’avoir une vue d’ensemble du monastère, à moins bien sûr d’être un géant (de quatre étages si possible). Accolé aux murs d’enceinte du monastère, un immeuble de pierre sans prétention – construit au XIXe siècle – abrite le Musée des Ursulines de Québec.

Petit bâtiment de pierres

Le Musée des Ursulines de Québec, bâti sur les fondations datant du XVIIIe siècle de la résidence d’une des fondatrices du monastère.

Piano-forte

Une jeune visiteuse « fascinée » (aux dires de sa mère) examine un piano-forte du XIXe siècle dans la salle consacrée à la musique.

Même si Marie de l’Incarnation, vaillante fondatrice du monastère, se consacrait exclusivement à la conversion de jeunes Amérindiennes de la région et à leur éducation (en rédigeant des ouvrages religieux et des dictionnaires en algonquin et en iroquois), le musée est aujourd’hui presque entièrement dédié aux activités quotidiennes du pensionnat qui accueillait des jeunes filles au XIXe siècle et au début du XXe siècle (l’école de filles la plus ancienne du continent). Nulle présence en ces murs de galeries sombres exposant des antiquités poussiéreuses : le musée est soigneusement agencé, magnifiquement sobre et résolument moderne. Selon l’étage, les artéfacts sont exposés par thématique (musique, vie quotidienne, instruction…). Ils sont montés sur des plateformes, rangés dans des armoires rustiques ou présentés dans des vitrines modernes climatisées. Les objets sont disposés avec soin et suffisamment éloignés les uns des autres pour permettre au visiteur de s’abreuver d’histoire et de s’imprégner de l’atmosphère ambiante sans jamais se sentir submergé. Les quelques vitrines regorgeant de petits objets semblent tout de même empreintes de sobriété et de simplicité (en raison de leur faible nombre) et possèdent une véritable puissance magnétique.

Galerie du musée et pupitres

Pupitres, mappemondes et spécimens zoologiques. Les Ursulines enseignaient beaucoup les sciences.

Galerie du musée

Les jeunes filles suivaient bien sûr des cours de religion et de morale, en plus d’apprendre à être de bonnes épouses et des mères dévouées.

Le rez-de-chaussée du musée retrace l’histoire du monastère et abrite quelques artéfacts remarquables – parfois pour leur fragilité. On ne peut qu’admirer un musée qui ose exposer des objets fragiles tels des documents juridiques du XVIIe siècle dans des conditions d’éclairage tout à fait acceptables – il faut bien dire que l’endroit est géré de main de maître. Pour un prix d’entrée nettement inférieur, il est possible de visiter uniquement cet étage.

Galerie du musée

Le rez-de-chaussée expose les artéfacts du monastère les plus anciens et les plus fragiles, véritables symboles des débuts de la communauté à Québec.

Maquettes de bâtiments (en bois)

Série de maquettes d’architecture réalisées à la main, qui illustrent les transformations du monastère depuis 350 ans.

Les autres étages sont très clairs et spacieux. Le plus fascinant à mes yeux est celui qui présente une multitude d’outils pédagogiques, où trônent des objets à caractère scientifique. Moi qui pensais – en bon mécréant ignare – trouver broderies et poèmes, je ne soupçonnais pas que ces nonnes de haut calibre offraient une telle formation scientifique à leurs élèves. Au milieu des pupitres, des mappemondes et des livres qu’on retrouve sans surprise parmi les artéfacts d’une classe d’école, j’ai pu admirer une gamme étonnante d’instruments astronomiques, d’ustensiles de chimie, de spécimens zoologiques et de fossiles. On se serait cru dans une faculté des sciences de l’époque victorienne.

Escalier

L’architecture intérieure des bâtiments est en grande partie fonctionnelle.

Boîte d’éprouvettes

Chose surprenante, le musée regorge d’instruments scientifiques de l’époque victorienne.

Comme si les touristes n’en avaient pas déjà assez à visiter dans le Vieux-Québec, je leur recommande vivement ce petit musée de qualité et des plus divertissants. Il réussit parfaitement à nous relater la vie d’un pensionnat catholique et d’un monastère vieux de plus de trois cent cinquante ans. La somptueuse chapelle vaut également le détour, tout comme la visite à pied des bâtiments. Ce domaine témoigne de tout un pan de l’histoire de la Nouvelle-France et offre un aperçu de l’étendue toujours surprenante de l’histoire canadienne.

 

Équipement médical

Vitrine exposant l’équipement du médecin de l’école.