Peut-on encore parler de musée là où les objets exposés sont des êtres vivants qui virevoltent dans l’eau? Eh bien, pourquoi pas? Après tout, la collection est le fruit de recherches minutieuses; les panneaux explicatifs sont des plus précis; et l’endroit fourmille d’enfants qui poussent des cris… Bon, je vous l’accorde, les aquariums ressemblent peut-être plus à des centres des sciences, mais les vitrines qui débordent de curiosités me rappellent tout de même les musées. Bien sûr, le taux d’humidité est un peu plus élevé que ne le recommanderaient la plupart des responsables de collections. Sans compter qu’un conservateur doit rarement penser à nourrir sa collection de barattes à beurre ou craindre qu’à son retour le lundi, le Picasso ait dévoré toutes les gravures de Rembrandt. Mais le simple fait de déambuler dans un endroit clos, les yeux émerveillés par les étrangetés derrière la vitre, s’apparente à une visite au musée, si ce n’est que les objets eux aussi regardent les visiteurs.

Voilà la réflexion que s’est faite un membre de l’équipe (à l’esprit toujours aiguisé) lors de sa découverte, en famille, de l’Aquarium Ripley du Canada, au pied de la Tour CN à Toronto. Pourquoi ce choix? La réponse est multiple, mais l’aquarium est avant tout l’une des rares destinations touristiques offertes aux familles le samedi soir. L’entrée est un peu chère (comptez entre 80 et 100 $ pour une famille de quatre), mais une fois sur le tapis roulant de la salle principale (super!), on oublie le prix du billet. C’était vraiment incroyable! Un tunnel vitré serpente à l’intérieur de ce bassin de 2,5 millions de litres d’eau, surnommé le Dangereux lagon. On se sent comme un poisson dans l’eau, parmi ceux qui évoluent d’un air mystérieux sous nos yeux et au-dessus de notre tête, donnant l’impression qu’il y a anguille sous roche. Aucun des pensionnaires ne semble prêter attention aux visiteurs, mais vu l’immensité du bassin, on finit par se demander si ce n’est pas plutôt nous qui sommes offerts en spectacle aux poissons. De majestueuses raies, un joyeux poisson tropical, des requins au regard machiavélique, un poisson-scie nonchalant, une murène toute timide et quelques rares tortues de mer peuvent rôder autour des visiteurs ou s’attarder sur les rochers le long du tunnel. Véritable reproduction d’une mer tropicale étincelante, l’environnement est magnifique : tout y est flamboyant et d’un bleu vert éclatant.

À l’extérieur du Dangereux lagon, une série de bassins, tous plus captivants les uns que les autres, recréent chacun un milieu particulier contenant par exemple des raies, des colonies coralliennes, des hippocampes, un éblouissant tourbillon de maquereaux argentés (du moins je pense que c’étaient des maquereaux), une forêt de varechs haute de deux étages ou encore une élégante collection de méduses luminescentes au calme apaisant.

Toute la famille était d’accord pour dire que l’aquarium valait le détour. Les adolescents n’avaient pas l’air de trouver le temps long comme dans les musées ordinaires : ils étaient tous enthousiastes et captivés. J’en ai vu des tonnes prendre des égoportraits et je ne doute pas que ce soir-là, des photos aquatiques ont inondé les profils sur Facebook. Les plus curieux avaient de quoi lire sur les panneaux explicatifs, mais les rouages de l’aquarium en disaient déjà long par eux-mêmes. Sur le chemin de la sortie, on tombe sur la cafétéria, une superbe aire de jeu pour enfants (aquatique, bien évidemment) et le bassin de manipulation qui permet de toucher certains des locataires les plus décontractés de l’aquarium. Je n’ai pas vérifié s’il y avait du poisson et des fruits de mer au menu de la cafétéria, mais si c’est le cas, je me méfierais de la « prise du jour ».

Ce fut donc une excellente expérience, des plus fascinantes. Un conseil : réservez en ligne!