Le Musée canadien de l’histoire nous en met plein la vue

Présentoir promotionnel de l’exposition

Le 29 mai dernier marquait le centenaire du naufrage de l’Empress of Ireland. C’était donc la soirée idéale pour inaugurer l’exposition Le Titanic canadien – L’Empress of Ireland. Quelques centaines de personnes ont envahi la Grande Galerie du Musée canadien de l’histoire pour l’occasion. Coupe de vin à la main, les gens ont pu discuter un moment en écoutant les airs d’époque interprétés par un groupe de musiciens, un clin d’œil à la fanfare de l’Armée du Salut, organisme dont 167 membres ont péri dans le naufrage, puis un cornemuseur a annoncé le début de la cérémonie en jouant quelques notes tristes. Le public a entendu les allocutions de Mark O’Neill, président-directeur général du Musée canadien de l’histoire, et de Tanya Bouchard, conservatrice en chef du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (à Halifax), les deux établissements ayant monté l’exposition conjointement. Les concepteurs et conservateurs ont été applaudis, puis la ministre du Patrimoine canadien, Shelly Glover, a prononcé le mot de la fin.

Une fois les formalités observées et l’exposition déclarée ouverte, certains sont restés sur place pour bavarder, tandis que d’autres ont gravi les escaliers roulants menant à la salle des expositions spéciales, à l’étage supérieur. En un rien de temps, une file d’attente impressionnante s’est formée dans le long corridor. Nombreux sont les visiteurs qui ont patienté une demi-heure ou plus avant de pouvoir entrer, le tout sous la supervision d’employés d’une politesse remarquable qui avaient le mandat de gérer la foule.

L’histoire de l’immigration sert de point de départ au récit de la tragédie. De fait, on estime qu’un Canadien sur trente-cinq compte parmi ses ancêtres une personne venue au pays à bord de l’Empress of Ireland. Ainsi, le premier chapitre de l’exposition nous raconte l’expérience des nouveaux arrivants. Des valises et des malles d’antan, des murales à l’aspect granuleux représentant des installations portuaires et des photos de famille jaunies montrant des visages épuisés mais remplis d’espoir recréent l’ambiance unique du Quai 21.

Des postes audio sont disposés ici et là : il vaut vraiment la peine de s’arrêter quelques minutes pour écouter les anecdotes relatées par des membres de l’équipage et des passagers de toutes les classes, qui témoignent de la vie quotidienne sur le navire et de la tragédie en tant que telle.

Pour accéder au deuxième chapitre, le visiteur doit emprunter une courte passerelle qui mène à une reproduction de la gigantesque coque du navire. À l’intérieur, on peut découvrir l’existence à bord d’un transatlantique du début du XXe siècle. C’est aussi là que se trouve le clou du spectacle : les artéfacts, qui se dénombrent par douzaines. Bon nombre d’entre eux, reconnaissables grâce au symbole d’ancre qui les accompagne, ont été récupérés à même l’épave. Certaines pièces, des cabines et des salons, par exemple, ont été « recréées » à l’aide d’objets et d’images d’époque projetées en arrière-plan. L’exposition est immersive et nous plonge dans une atmosphère bien particulière : de part et d’autre des présentoirs, on aperçoit le fleuve Saint-Laurent, baigné par le clair de lune, comme si on arpentait réellement le pont de l’Empress of Ireland.

Le récit de la tragédie est présenté, minute par minute, dans un corridor sombre aux jeux de lumière sinistres. Il est absolument fascinant. On apprend en outre que les opérations de sauvetage, les répercussions et l’enquête qui ont suivi l’accident ont été tout aussi choquantes que désastreuses. Certaines des scènes de ce dernier chapitre sont plutôt troublantes.

Le Titanic canadien - L’Empress of Ireland connaîtra sans aucun doute un énorme succès cette année. Saluons l’initiative du Musée canadien de l’histoire, récemment rebaptisé, qui nous fait découvrir cette tragédie maritime restée pendant beaucoup trop longtemps dans l’ombre du Titanic et de la Première Guerre mondiale… Vous ne verrez peut-être pas Jack et Rose sur l’Empress of Ireland, mais le récit du naufrage de ce transatlantique canadien n’en est pas moins passionnant. Une exposition à ne pas manquer, présentée jusqu’en avril 2015.