Les jetons de commerce sont généralement de petits objets en métal, en plastique ou en carton qui ressemblent à des pièces de monnaie. Ils sont échangeables contre les produits ou les services offerts par l’entreprise qui en fait l’émission. Les billets d’autobus ou les jetons de métro en sont des exemples courants. Par le passé, la plupart des jetons étaient faits d’aluminium et produits par des sociétés de fabrication de dispositifs de marquage, d’insignes et de porte-clés. Au Canada, ils étaient particulièrement populaires dans les régions éloignées, où il était difficile de se procurer de l’argent. La popularité des jetons de commerce observée dans la vallée de la Gatineau, au Québec, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, en est un bon exemple.

Les jetons de commerce n’ont pas cours légal. Toutefois, pendant les cinquante premières années qui ont suivi la Confédération, la monnaie officielle se faisait rare dans les zones rurales, probablement en raison du mauvais état des routes ou de l’absence de chemin de fer. C’était le cas des villages bordant la rivière Gatineau, au nord d’Ottawa. Entre 1890 et 1935, au Québec seulement, 600 émetteurs – laiteries, boulangeries, restaurants, sociétés de transport, hôtels, églises, sociétés de jeux de hasard et club de raquetteurs – ont mis en circulation 2 000 jetons de commerce différents échangeables contre divers biens et services. Souvent, les entreprises offraient des jetons au rabais en guise de paiement à leurs fournisseurs, qui pouvaient les vendre ou les échanger à la valeur nominale. Ils étaient très utiles dans une économie aussi restreinte, et nécessaires là où l’argent était difficile à obtenir. La vente anticipée de jetons (principalement pour le transport et les aliments essentiels) était une source de liquidités pour les marchands et évitait aux livreurs ou aux chauffeurs de devoir manipuler de l’argent ou rendre de la monnaie. En achetant des jetons, les clients octroyaient du crédit aux marchands plutôt que l’inverse, plus fréquent. C’était également un moyen efficace et peu cher de faire de la publicité.

La croissance de l’infrastructure qui a suivi la Première Guerre mondiale ainsi qu’une plus grande abondance de la monnaie émise par le gouvernement ont entraîné une baisse de l’utilisation des jetons, qui a par contre persisté bien au-delà du début de la Crise de 1929 dans la vallée de la Gatineau. Les jetons de laiteries et de boulangeries y ont survécu jusque dans les années 1960, et les jetons de transport en commun sont toujours présents.