Les films de Harry Potter au service du patrimoine britannique

Imaginez que vos enfants vous harcèlent pour aller visiter une magnifique cathédrale ou vous disent en pleurnichant : « Mais pourquoi nous, on ne fait pas un circuit à pied dans Oxford comme Kevin et sa famille? » Eh bien, bizarrement, ce scénario n’est pas aussi invraisemblable.

La cathédrale de Durham, le château d’Alnwick, la cathédrale de Gloucester, l’Université d’Oxford, l’abbaye de Lacock, le Hardwick Hall et les Highlands sont autant de lieux qui ont connu un net boom touristique pour avoir servi de décor au film Harry Potter. Ce n’est pas qu’ils étaient boudés par les touristes, mais il est vrai que susciter l’engouement de la jeune génération pour ce genre d’endroit est de plus en plus difficile. Certes, éveiller l’intérêt des enfants pour l’histoire et les musées n’a jamais été chose facile, mais c’était compter sans l’arrivée de Harry Potter.

photo de Harry Potter

Il occupe une place prépondérante dans l’imaginaire de toute une génération. Harry Potter est à l’origine d’un énorme engouement touristique au Royaume-Uni.

Avec un brin de cynisme, je doute que beaucoup d’admirateurs de Harry Potter aient lu les romans. Je ferai donc bien sûr référence aux films. Ces derniers ont un effet magique (clin d’œil oblige) sur les jeunes adeptes : ils les invitent à rêver non seulement d’aventures, mais aussi de pouvoirs. Pour les enfants (jeunes et moins jeunes), c’est tellement amusant de se retrouver dans le donjon de Rogue ou dans les salles et la cour du château de Poudlard. Et, hormis le vandalisme, tous les prétextes sont bons pour intéresser les adolescents et les préadolescents aux sites patrimoniaux. En cours de route, ils pourraient se mettre à apprécier l’architecture ancienne, ainsi que l’atmosphère et la beauté qui s’en dégagent – des émotions bien moins éphémères que le frisson ressenti dans les montagnes russes. Quel appât plus séduisant pour valoriser l’histoire contemporaine? L’industrie du tourisme britannique l’aura bien compris.

plafond voûté de l’époque médiévale

Le plafond de la Divinity School (école de théologie) de la bibliothèque bodléienne, à Oxford. Toute possible ressemblance avec l’infirmerie de Poudlard n’est pas fortuite.

salle voûtée de l’époque médiévale

Les salles voûtées sous l’abbaye Lacock, dans le Wiltshire, ont servi de lieu de tournage pour les cours de potions et de modèle pour la création du futur décor.

cour carrée et arches

Lieu où Alastor-Maugrey-pas-vraiment-Maugrey a transformé Draco Malfoy en furet – plus connu sous le nom de cloîtres du New College, à Oxford.

Ce détail ne nous a pas non plus échappé, ma moitié et moi-même, lors de notre escapade en Angleterre avec une enfant de 11 ans. « Comment la divertir? », c’était notre préoccupation constante, mais la fascination de la jeune demoiselle pour Harry Potter nous a facilité la tâche. Si nous pouvions lui promettre d’aller dans un lieu estampillé Harry Potter, elle accepterait joyeusement de parcourir une cité médiévale pluvieuse ou de se promener dans les cloîtres d’une ancienne abbaye, avec à la clé toutes sortes de découvertes inespérées. Cela dit, nous lui faisions toujours miroiter la récompense suprême : une visite du Warner Bros. Studio Tour London à une trentaine de kilomètres au nord de Londres... 

salle de château

La Grande Salle – sans son plafond magique créé avec des moyens numériques.

deux armures

Quelqu’un avait-il remarqué que l’une des armures qui gardent la Grande Salle est en fait un joueur de quidditch? Les accessoires dans cette saga sont autant de clins d’œil humoristiques.

pièce regorgeant d’antiquités

La tapisserie qui recouvre les murs de la salle commune de Gryffindor est une reproduction de « La Dame à la licorne », tenture française datant du XVIe siècle.

À mon avis, et même si mon portefeuille s’en souvient encore, le Studio Tour est bel et bien un musée. Contrairement aux parcs franchisés Harry Potter, cette exposition est située non loin des studios de tournage et présente les vrais décors, accessoires, costumes et monstres animatroniques de la saga. Un seul mot pour décrire le tout : fantastique! Chacun des accessoires et décors est une petite merveille d’orfèvrerie, agrémentée d’une belle touche d’humour. Il est impossible d’apprécier toute l’imagination créatrice, un savoir-faire aussi exceptionnel ou tant de détails démentiels simplement en regardant un film Harry Potter à la télé ou même au cinéma. Le visiteur reste pantois devant la conception minutieuse d’objets comme une carte d’employée du ministère de la Magie remplie d’infos en tout genre ou les centaines de boîtes personnalisées de la boutique de baguettes magiques Ollivander. Cette extrême finesse dans le détail pourrait paraître futile dans le contexte global de la direction artistique du film, mais elle confère subtilement à la saga son atmosphère complexe et envoûtante.

vieux laboratoire

Les centaines de pots d’ingrédients magiques pour les cours de potions de Rogue ont tous une étiquette personnalisée et sont remplis de plein de choses gluantes et autres machins-trucs répugnants.

paintings in medieval style

Les dizaines de portraits dans Poudlard sont tous des œuvres d’art uniques peintes à la main. Les producteurs et les membres de l’équipe du film ont servi de modèles pour nombre d’entre eux.

arbre généalogique sous forme de tapisserie

Cette « tapisserie » utilisée comme décor paraissait si réelle que J. K. Rowling en personne a inventé d’autres membres de la famille Sirius Black dans le seul but de compléter cet arbre généalogique.

Quant aux décors, ils sont tous pour le moins impressionnants. On retrouve les principaux aménagements intérieurs, en plus de quelques décors extérieurs avec leurs accessoires. On peut bien évidemment se rendre sur le quai 9 ¾ et monter à bord du Poudlard Express, mais le dernier volet de l’exposition est le plus renversant. J’ai dû lutter physiquement avec notre jeune accompagnatrice pour l’empêcher de gâcher la surprise à sa mère : la maquette de production à l’échelle 1/24 du château de Poudlard, fourmillant de détails à la limite de l’obsessionnel. Même si l’on sait qu’il nous attend dans la prochaine salle, on reste tout de même estomaqué par l’édifice.

rue ornée de vieux bâtiments

Le décor du Chemin de traverse est plus petit qu’il n’y paraît dans le film. Mais dans la réalité, il reste tout à fait fascinant et agréable à l’œil.

ancienne locomotive à vapeur

Pour les aficionados des trains : le Poudlard Express est une locomotive 4-6-0 de la Great Western Railway datant de 1937 et en parfait état de fonctionnement.

ensemble de plans architecturaux

Un mur couvert de plans montre que même les bâtiments peu soignés en apparence ont été conçus avec minutie et professionnalisme.

Ce débordement de créativité au pouvoir évocateur exige d’excellentes connaissances historiques, ce qui transparaît dans la parfaite vraisemblance des décors et de l’architecture. Ainsi, quand les enfants, au comble de l’excitation, arrivent dans la Grande salle de Poudlard, ils sont plongés au beau milieu de vestiges auxquels on a donné une nouvelle vocation. Je pense que ce genre de détails peut laisser une forte empreinte et éveiller un intérêt pour le passé – même si cette armure là-bas tient un balai de quidditch.

maquette d’un château

À l’échelle 1/24, la maquette de production du château de Poudlard couvre encore la surface d’un terrain de tennis. (Quand on y pense, on parle de la réplique miniature d’un château imaginaire!)