Le jour du Souvenir au Musée

par Janik Aubin-Robert

Je ne suis ni une historienne de la guerre ni une mordue des conflits militaires. Pour être franche, la guerre m’intéresse fort peu. Vous comprendrez donc que la nervosité m’a gagnée lorsqu’on m’a chargée de mettre sur pied les activités du jour du Souvenir au Musée de la Banque du Canada, le premier événement du Musée depuis son ouverture. Quelles activités pourrais-je préparer, qui s’inscriraient dans notre mandat et seraient à la fois captivantes et respectueuses? Un joli casse-tête! J’avais besoin d’idées. J’ai commencé par regarder ce qui avait été fait à l’ancien Musée de la monnaie. J’ai épluché des dizaines de documents décrivant diverses activités, avant d’opter finalement pour l’élaboration d’un petit guide de visite axé sur les artéfacts de guerre du Musée.

une pièce de monnaie

En 1942, même la pièce canadienne de cinq cents est mise à contribution pour l’effort de guerre : sa teneur en nickel est alors réduite.

La conception de ce livret a été chose aisée, vu que l’information sur les objets que j’avais choisis abondait. Saviez-vous que les camps de prisonniers de guerre avaient une économie et émettaient leur propre monnaie (à savoir des « bons »)? Et qu’en temps de guerre, nos pièces de cinq cents étaient fabriquées à partir de tombac (alliage de laiton) et non de nickel, un métal très recherché?

J’ai déniché un tas de trucs à utiliser, et il a certes été utile que mes voisins de bureau soient les conservateurs du Musée, qui m’ont été d’une grande aide. L’équipe du Musée m’a aussi donné un coup de pouce énorme pour écrire, réécrire et réviser le contenu du livret, une œuvre d’art créée par notre talentueuse graphiste… en trois jours seulement!

un coupon

À l’instar des autres collectivités, les camps de prisonniers de guerre avaient une économie, et beaucoup émettaient leur propre monnaie.

Il m’a ensuite fallu trouver un spécialiste disposé à offrir une visite guidée du Musée qui serait orientée sur l’effort de guerre de la Banque. Commençons par le haut de l’échelle, me suis-je dit. J’ai donc demandé au conservateur en chef, Paul Berry, s’il consentirait à jouer au guide. Me prenant en pitié parce que j’étais nouvelle dans l’équipe, il a accepté d’endosser ce rôle pour une journée. Il m’a ébahie en concoctant une visite complète qui a dépassé toutes mes attentes et qu’il a offerte non seulement en anglais, mais aussi en français!

un billet de banque

À l’époque de la guerre de Sécession, les États du Sud forment une confédération dotée d’un gouvernement et d’un Trésor public, même si, dans les faits, ils font toujours partie des États-Unis.

Lors du jour du Souvenir, des tonnes de questions m’ont traversé l’esprit : la visite plaira-t-elle aux gens? Le livret, l’aimeront-ils? Y aura-t-il seulement des visiteurs? Le Musée a ouvert le samedi 11 novembre à midi et, à mon grand étonnement, plus de 70 personnes en ont franchi les portes durant la première heure. Désireux de participer à la visite donnée par le conservateur, certains visiteurs en ont attendu le début plus de 40 minutes. Le Musée a vu défiler 245 visiteurs ce jour-là; 45 ont pris part à la visite en anglais et 29 à celle en français. Nous avons aussi remis plus de 200 livrets. Pendant le jour du Souvenir de 2011, le Musée n’a accueilli que 90 visiteurs; en comparaison, le jour du Souvenir de 2017 a donc été un franc succès.

un certificat

Même les enfants ont appuyé l’effort de guerre en achetant des timbres d’épargne de 25 cents.

un coupon

Les coupons de rationnement ont fait partie du quotidien des Canadiens pendant cinq ans avant que leur utilisation soit abolie en 1947.

Je m’estime chanceuse et honorée d’être entourée de coéquipiers aussi talentueux et généreux, prêts à s’entraider pour traverser les turbulences d’un projet comme celui-là. En fin de compte, je suis heureuse qu’on m’ait donné l’occasion de le mener à bien. Si je ne suis toujours pas passionnée par l’histoire de la guerre, le projet m’a permis d’en apprendre davantage sur les objets présentés au Musée et de les apprécier. Passez me voir au Musée si vous voulez en savoir plus sur les bons émis dans les camps de prisonniers de guerre ou sur la pièce de cinq cents de la « Victoire »!

un certificat

Une obligation est essentiellement un prêt que consent un citoyen à une administration publique ou à une société.